Le contrôle des changes en zone franche au Maroc est largement assoupli. En effet, la loi n° 19-94 exonère les entreprises installées en zone d’accélération industrielle (ZAI) de la réglementation du commerce extérieur et des changes. De plus, les banques peuvent leur ouvrir des comptes en devises et en dirhams convertibles. En pratique, l’entreprise encaisse ses recettes d’exportation, règle ses fournisseurs étrangers et rapatrie ses bénéfices librement. Elle doit toutefois fournir la documentation bancaire prévue par l’Instruction Générale des Opérations de Change (IGOC) de l’Office des Changes. Voici donc le cadre légal, le fonctionnement des comptes en devises, les obligations qui subsistent et les pièges à éviter.
Une question sur votre situation ? Écrivez-nous sur WhatsApp ou prenez rendez-vous — réponse sous 24 h.
Le régime de change en zone franche : une liberté encadrée
Le régime de change dérogatoire est l’un des atouts majeurs des zones franches au Maroc. Contrairement aux entreprises du territoire douanier commun, celles de la zone franche disposent d’une large liberté. Elles peuvent ainsi réaliser leurs opérations en devises étrangères.
Qui administre le contrôle des changes au Maroc ?
Le contrôle des changes regroupe les règles qui encadrent les opérations financières entre le Maroc et l’étranger. Il couvre par exemple les achats et ventes de devises, les transferts de capitaux et le rapatriement des recettes d’exportation. Il vise aussi le paiement de dividendes à des actionnaires non-résidents. C’est l’Office des Changes qui l’administre. Il édicte la réglementation des changes et publie l’Instruction Générale des Opérations de Change (IGOC). Les banques appliquent ce texte de référence.
Le dirham est une monnaie partiellement convertible. Ainsi, la plupart des opérations courantes (importations, services, dividendes) sont libres mais encadrées. En revanche, les opérations en capital restent soumises à autorisation ou à conditions. C’est précisément là que le régime de la zone franche change la donne pour les entreprises exportatrices.
Quel est le cadre légal pour les zones d’accélération industrielle ?
La loi n° 19-94 régit les zones franches d’exportation, devenues zones d’accélération industrielle (ZAI). Selon ce texte, les activités exercées en ZAI échappent à la réglementation douanière. Elles échappent aussi à la réglementation du commerce extérieur et des changes. Par ailleurs, l’IGOC consacre des dispositions spécifiques aux opérations avec les ZAI. C’est donc la combinaison des deux textes qui fixe ce que votre banque acceptera de traiter, et avec quels justificatifs. Pour le volet fiscal du régime, consultez les avantages fiscaux et sociaux des zones franches.
Les principes fondamentaux du contrôle des changes en zone franche
Les entreprises installées en zone franche au Maroc peuvent :
- Ouvrir et gérer des comptes bancaires en devises : EUR, USD, GBP et autres devises convertibles, auprès des banques agréées opérant en zone franche.
- Facturer et être payées en devises : les transactions avec les clients étrangers et les autres entités en zone franche se font dans toute devise.
- Transférer librement les fonds à l’étranger : dividendes, remboursements de prêts, redevances et produits de cession se rapatrient sans autorisation préalable de l’Office des Changes. Il faut cependant documenter les flux auprès de la banque, comme le prévoit l’IGOC.
- Emprunter en devises à l’étranger : les financements extérieurs ne sont pas soumis aux restrictions habituelles du contrôle des changes.
Comment fonctionnent les comptes en devises en zone franche ?
Les banques peuvent ouvrir des comptes en devises et des comptes en dirhams convertibles au nom des sociétés établies en ZAI. Grâce à ces comptes, la société encaisse ses recettes d’exportation et règle ses fournisseurs étrangers. Elle gère aussi sa trésorerie internationale sans les formalités habituelles de cession de devises.
Ligne de crédit et compte débiteur. Lorsqu’une banque marocaine accorde une ligne de crédit, le compte en devises peut être débiteur dans la limite du plafond prévu au contrat. C’est une souplesse utile pour financer le cycle d’exploitation.
Introduction de dirhams dans la zone. Elle obéit à un formalisme précis. Il faut une déclaration d’exportation visée par les services douaniers. Elle s’accompagne d’un certificat bancaire qui atteste que les dirhams proviennent d’un compte en devises ou en dirhams convertibles. Ainsi, la zone reste « hors territoire de change », tout en permettant les règlements locaux nécessaires.
Pour la mécanique bancaire pas à pas, voir notre guide pour ouvrir un compte bancaire en zone franche au Maroc.
Restrictions et obligations persistantes
Cependant, la liberté de change en zone franche n’est pas totale. Certaines obligations subsistent :
- Cessions sur le marché local : les ventes sur le marché marocain (territoire douanier commun) suivent en général les règles ordinaires du contrôle des changes. Elles se facturent en dirhams.
- Déclarations statistiques : l’entreprise reste soumise aux déclarations statistiques périodiques auprès de l’Office des Changes.
- Anti-blanchiment : les règles KYC (Know Your Customer) et AML (Anti-Money Laundering) s’appliquent pleinement.
- Documentation des transferts : les banques exigent des justificatifs pour les transferts dépassant certains seuils.
Opérations sur le capital. Avant une entrée au capital ou une restructuration de l’actionnariat, vérifiez l’opération au regard de la version en vigueur de l’Instruction générale des opérations de change (IGOC). Vous sécuriserez ainsi le rapatriement ultérieur des dividendes et du produit de cession.
Tableau des opérations autorisées vs restreintes
| Opération | Zone franche | Territoire douanier commun |
|---|---|---|
| Compte en devises | ✅ Libre | ❌ Soumis à conditions |
| Transfert de dividendes à l’étranger | ✅ Libre | ✅ Libre (après IS payé) |
| Emprunt extérieur en devises | ✅ Libre | ⚠️ Autorisation requise |
| Facturation en devises avec client local | ⚠️ Limité | Encadré : en dirhams, sauf dérogations prévues par la réglementation |
| Rapatriement du capital | ✅ Libre | ✅ Libre |
ZAI ou statut CFC : quel régime de change pour votre structure ?
Toutefois, le régime de change favorable ne se limite pas aux ZAI. Le statut Casablanca Finance City (CFC), régi par le décret-loi du 30 septembre 2020, offre lui aussi des facilités de change. Elles visent les sociétés financières, holdings et sièges régionaux. La logique diffère néanmoins. D’un côté, la ZAI raisonne en territoire douanier et en activité exportatrice. De l’autre, CFC raisonne en place financière internationale. Le bon choix dépend donc de votre activité réelle et de la structure du groupe. Dans les deux cas, l’Office des Changes fixe les modalités précises, à valider au cas par cas. Voir notre analyse CFC ou zone franche au Maroc.
Comment suivre les évolutions de la réglementation des changes ?
L’Office des Changes actualise régulièrement sa réglementation, notamment par des mises à jour de l’Instruction Générale des Opérations de Change et par ses circulaires. Avant toute opération structurante (financement extérieur, restructuration du capital, nouveaux flux), consultez donc la version en vigueur de l’IGOC sur le site officiel de l’Office des Changes. Ensuite, validez le montage avec votre banque et votre expert-comptable.
Contrôle des changes à Tanger Free Zone : la pratique sur le terrain
C’est dans les zones franches de Tanger — Tanger Free Zone (TFZ), Tanger Automotive City et les zones logistiques de la plateforme Tanger Med — que ce régime de change se vit au quotidien. On y voit par exemple des encaissements export en euros, des paiements de fournisseurs asiatiques en dollars et des remontées de dividendes vers des maisons mères européennes. Or chaque banque de la place applique l’IGOC selon ses propres procédures (KYC, justificatifs, seuils de reporting). Par conséquent, un dossier documentaire bien construit fait la différence entre un transfert exécuté en quelques jours et une opération bloquée.
Le Cabinet Dami & Associés dispose d’un bureau au sein même de Tanger Free Zone et travaille au quotidien avec les banques de la place. Ainsi, notre équipe d’expert comptable zone franche Tanger prépare vos conventions de compte, structure vos flux et documente vos transferts. Elle intervient dès la création de la société via notre service de création d’entreprise en zone franche, puis en continu via le conseil fiscal et social. Pour comparer les zones de la région : zones franches de Tanger.
Conclusion
En résumé, la liberté de change en zone franche est un vrai avantage compétitif pour les exportateurs et les groupes internationaux. Cabinet Dami & Associés vous aide à comprendre et à optimiser votre gestion des changes en zone franche au Maroc.
Besoin d’un conseil sur ce sujet ? Cabinet Dami & Associés, expert-comptable avec des bureaux à Tanger et à Casablanca, vous répond sous 24 h.
FAQ — Contrôle des changes en zone franche au Maroc
Les sociétés en zone franche sont-elles soumises au contrôle des changes ?
Pour leurs opérations, les sociétés en ZAI échappent à l’essentiel des formalités de la réglementation des changes (loi 19-94). Toutefois, des obligations subsistent : documentation bancaire des flux, déclarations statistiques et, dans certains cas, autorisations pour les opérations sur le capital.
Une société en ZAI peut-elle ouvrir un compte en devises ?
Oui. Les banques peuvent ouvrir des comptes en devises et en dirhams convertibles au nom des sociétés établies en ZAI. Ces comptes servent à encaisser les recettes d’exportation et à régler les opérations internationales.
Le compte en devises peut-il être débiteur ?
Oui, lorsqu’une banque marocaine accorde une ligne de crédit à la société : le compte peut être débiteur dans la limite du plafond fixé au contrat.
Comment introduire des dirhams dans une zone d’accélération industrielle ?
Il faut une déclaration d’exportation visée par la douane. Elle s’accompagne d’un certificat bancaire qui atteste que les fonds proviennent d’un compte en devises ou en dirhams convertibles.
Le rapatriement des dividendes est-il libre depuis une zone franche ?
Oui, dans une large mesure. Il faut toutefois fournir la documentation exigée par la banque et respecter le traitement fiscal applicable : voir notre article sur le rapatriement des dividendes en zone franche.
Pour aller plus loin
- guide de l’investisseur étranger en zone franche au Maroc
- réussir son implantation à Tanger Free Zone
Source officielle : réglementation des changes — Office des Changes : oc.gov.ma.
Avertissement : cet article est fourni à titre d’information générale et ne constitue pas un conseil juridique ou fiscal personnalisé. La réglementation des zones d’accélération industrielle, fiscale et douanière est susceptible d’évoluer. Pour toute opération de change ou de transfert international, contactez le Cabinet Dami & Associés (Tanger Free Zone, +212 539-39-81-18) afin d’obtenir une analyse adaptée à votre situation.



