Les entreprises autorisées à exercer dans une zone franche au Maroc — aujourd’hui dénommée zone d’accélération industrielle (ZAI) — bénéficient d’une exonération totale de la taxe professionnelle pendant leurs quinze (15) premières années d’exploitation. C’est l’article 6-II-2° de la loi n° 47-06 relative à la fiscalité des collectivités territoriales qui le prévoit. Mais la taxe professionnelle zone franche Maroc ne se résume pas à cette exonération : règles de calcul après la période de 15 ans, plafonnement de la base, cas particulier de Tanger, articulation avec la taxe de services communaux… Voici le point complet 2026, établi par le Cabinet Dami & Associés, présent sur place à Tanger Free Zone.
La taxe professionnelle en bref : qui est concerné ?
La taxe professionnelle (ex-patente) est un impôt local régi par le dahir n° 1-07-195 portant promulgation de la loi n° 47-06 relative à la fiscalité des collectivités territoriales. Elle est due chaque année par toute personne physique ou morale exerçant au Maroc une activité professionnelle, au lieu de situation des locaux professionnels (article 8).
Elle est assise sur la valeur locative annuelle brute des locaux, terrains, agencements, matériels et outillages servant à l’exercice de l’activité (article 7). Pour les établissements industriels, cette valeur locative ne peut être inférieure à 3 % du prix de revient des terrains, constructions, agencements, matériel et outillage — y compris les biens pris en crédit-bail.
Exonération de 15 ans en zone franche (ZAI) : la règle
L’article 6-II-2° de la loi 47-06 accorde une exonération totale temporaire de la taxe professionnelle pendant les quinze (15) premières années d’exploitation aux entreprises autorisées à exercer dans les zones franches d’exportation régies par la loi n° 19-94 — renommées « zones d’accélération industrielle » par la loi de finances 2020 — au titre des activités visées à l’article 3 de ladite loi.
Ce délai court à compter du début d’exploitation, et non de la date de création de la société. L’exonération couvre les activités industrielles et de services autorisées exercées à l’intérieur de la zone : c’est l’un des avantages majeurs du dispositif, aux côtés de l’IS réduit et des exonérations de TVA (voir notre guide fiscalité zone franche Maroc).
L’article 6-II-3° étend la même exonération de 15 ans à l’Agence spéciale Tanger-Méditerranée (TMSA) et aux sociétés intervenant dans l’aménagement et l’exploitation de la zone spéciale de développement Tanger Méditerranée (décret-loi n° 2-02-644), qui s’installent dans les zones franches de ce périmètre.
Et l’exonération de 5 ans des activités nouvelles ?
Ne confondez pas : l’article 6-II-1° de la même loi exonère toute activité professionnelle nouvellement créée pendant 5 ans à compter de l’année du début d’activité, partout au Maroc. Ce régime de droit commun ne s’applique ni aux changements d’exploitant ni aux transferts d’activité, et exclut notamment les établissements de crédit, les assurances et les agences immobilières.
Pour une société implantée en zone d’accélération industrielle, c’est bien le régime spécifique de 15 ans qui s’applique aux activités autorisées — le régime quinquennal de droit commun reste utile pour comparer les scénarios d’implantation en dehors des zones (voir notre comparatif zone franche ou société de droit commun).
Après l’exonération : base, plafond et taux
À l’issue de la période d’exonération, la taxe professionnelle devient due dans les conditions de droit commun :
- Base : valeur locative des locaux et moyens de production, avec le plancher de 3 % du prix de revient pour les établissements industriels (article 7) ;
- Plafonnement (article 6-I-A-32°) : la partie du prix de revient excédant 50 millions de dirhams HT (terrains, constructions, agencements, matériel et outillage acquis depuis le 1er janvier 2001 par les entreprises de production de biens et services) est exonérée — les biens déjà exonérés n’entrent pas dans le calcul de ce plafond ;
- Taux (article 9) : 10 % (classe 3), 20 % (classe 2) ou 30 % (classe 1) de la valeur locative selon la classe d’activité, avec un droit minimum de 300 à 1 200 DH en commune urbaine ;
- Établissement : la taxe est établie par voie de rôle et due pour l’année entière à raison des faits existant au mois de janvier (articles 8 et 10).
Exemple chiffré (illustration, à affiner selon votre classe d’activité) : une unité industrielle dont le prix de revient des terrains, constructions, agencements, matériel et outillage s’élève à 20 millions de dirhams a une valeur locative plancher de 3 % × 20 000 000 = 600 000 DH. Classée en classe 2 (taux 20 %), sa taxe professionnelle annuelle théorique après exonération ressort à 120 000 DH. Le classement dans l’une des trois classes dépend de la nature de l’activité, selon la nomenclature annexée à la loi : il se vérifie au cas par cas et pèse lourd dans le calcul — d’où l’intérêt d’une revue avant la fin de la période d’exonération.
Anticiper cette échéance fait partie d’une stratégie fiscale d’implantation complète — au même titre que la fin d’exonération d’IS (voir notre article sur la fin d’exonération IS zone franche).
Le cas de Tanger : un cumul d’avantages unique
Tanger concentre l’essentiel des zones d’accélération industrielle du Royaume : Tanger Free Zone (TFZ), Tanger Automotive City (TAC), la plateforme portuaire Tanger Med et la Cité Mohammed VI Tanger Tech. Une entreprise qui s’y implante bénéficie de l’exonération de 15 ans décrite ci-dessus.
S’y ajoute une particularité historique : l’article 6-I-B de la loi 47-06 prévoit une réduction permanente de 50 % de la taxe professionnelle pour les redevables ayant leur domicile fiscal ou leur siège dans l’ex-province de Tanger, au titre de l’activité qui y est exercée à titre principal. Concrètement, même une structure tangéroise installée hors zone franche voit sa taxe professionnelle réduite de moitié après ses périodes d’exonération.
Le choix de la zone (TFZ, TAC, Tanger Med) et du statut adapté mérite une analyse au cas par cas : notre équipe installée sur place accompagne les investisseurs — voir la page zone franche Tanger et notre expert comptable zone franche Tanger.
Attention à la taxe de services communaux (TSC)
La taxe de services communaux (10,50 % de la valeur locative dans le périmètre urbain, 6,50 % en zone périphérique) obéit à une logique différente. L’article 34 de la loi 47-06 n’en exonère que les redevables bénéficiant d’une exonération permanente de taxe professionnelle ou de taxe d’habitation. Or l’exonération « zone franche » est temporaire (15 ans) : sur une lecture stricte du texte, la TSC reste donc due par les entreprises en ZAI pendant leur période d’exonération de taxe professionnelle. Ce point technique, souvent négligé dans les business plans, doit être sécurisé avec votre conseil avant l’implantation.
Obligations pratiques à retenir
Même exonérée, l’entreprise en zone franche doit s’inscrire à la taxe professionnelle (l’inscription au rôle conditionne d’ailleurs certaines formalités, l’identifiant TP figurant parmi les références demandées par les administrations). Toute modification importante des éléments imposables (extension, acquisition de matériel, changement d’affectation) doit être déclarée dans un délai de 45 jours (article 13).
Deux règles de calendrier méritent l’attention : la taxe est due pour l’année entière à raison des faits existant au mois de janvier, et les extensions réalisées en cours d’exploitation (terrains, constructions, matériel neuf) bénéficient elles aussi de l’exonération quinquennale avant d’entrer dans la base imposable (articles 6-II-1° et 8). En cas de cessation d’activité en cours d’année, la taxe reste en principe due pour l’année entière, sauf cas particuliers prévus par la loi (décès, liquidation judiciaire, expropriation).
Le suivi de ces obligations s’intègre dans la tenue comptable globale de la société — voir nos services de conseil fiscal et social.
FAQ — Taxe professionnelle en zone franche au Maroc
Quelle est la durée de l’exonération de taxe professionnelle en zone franche ?
Quinze (15) ans à compter du début d’exploitation, pour les activités autorisées exercées dans une zone d’accélération industrielle (article 6-II-2° de la loi 47-06).
Que se passe-t-il après les 15 ans d’exonération ?
La taxe devient due dans les conditions de droit commun : valeur locative (minimum 3 % du prix de revient pour les établissements industriels), taux de 10 %, 20 % ou 30 % selon la classe d’activité, avec plafonnement de la base au-delà de 50 M DH HT d’investissement.
Une entreprise installée à Tanger hors zone franche paie-t-elle la taxe professionnelle en totalité ?
Les redevables domiciliés dans l’ex-province de Tanger bénéficient d’une réduction permanente de 50 % de la taxe au titre de leur activité principale qui y est exercée (article 6-I-B de la loi 47-06).
La taxe de services communaux est-elle due en zone franche ?
Sur une lecture stricte de l’article 34 de la loi 47-06, oui : l’exonération de TSC ne bénéficie qu’aux redevables en exonération permanente de taxe professionnelle, alors que l’exonération en zone franche est temporaire. Faites valider ce point pour votre situation.
L’exonération de 5 ans des activités nouvelles se cumule-t-elle avec celle de 15 ans ?
Non : en zone d’accélération industrielle, c’est le régime spécifique de 15 ans qui s’applique aux activités autorisées. L’exonération quinquennale de l’article 6-II-1° est le régime de droit commun applicable hors zones.
Les informations contenues dans cet article sont fournies à titre indicatif et sont susceptibles d’évoluer en fonction des textes législatifs et réglementaires. Pour une analyse adaptée à votre situation, contactez le Cabinet Dami & Associés — Tanger Free Zone : +212 539-39-81-18.


